Vers quel horizon marchons-nous ?

J’ai foi en la vocation miraculeuse de l’homme — un homme inspiré, créateur de beauté, cherchant le bien, le bon, en opposition à un homme dépersonnalisé et asservi à la technique, à ses machines, à ses réseaux et à ses flux.
Nous sommes aujourd’hui des individus connectés, dépossédés du temps et de l’espace. Hantés par un présent spectral, nous sombrons chaque jour un peu plus dans les marécages du virtuel. Vivre n’est plus pour nous l’occasion de construire une durée, de bâtir un séjour. Au contraire, la sobriété qu’une telle démarche suppose est sans arrêt contrebattue par notre peur du vide ; un vide que nous nous employons à saturer en cultivant nos vices. L’orgueil, l’avidité, la luxure, et tant d’autres inclinations animales sont désormais les briques avec lesquelles nous nous murons dans l’illusion et dans l’insignifiance.
Je sais que l’homme tout entier repose sur le miracle : cette plénitude spirituelle qui est aussi une grande lumière, un grand vide intérieur, qu’il peut trouver et habiter jour après jour.
Mon travail, fruit et reflet de cet élan, tente d’atteindre l’harmonie au-delà de la complexité. Il cherche l’axe du vide — autrement dit, la porte d’entrée vers le miracle. Je le mène en suivant un procédé créatif rythmé par trois temps successifs.
Un premier temps qui est celui de l’émotion face à une situation initiale. C’est l’expression libre et colorée du cœur qui sent. Dans mes œuvres récentes, c’est l’expérience d’une marche dans la baie du Mont-Saint-Michel qui m’a réjoui et inspiré : lumière fugace, regard soulevé vers l’infini, humilité et ravissement devant la majesté de la nature.
Un deuxième temps vient ensuite où s’applique une trame symbolisant le système et les flux. Plaquée sans ménagement sur la première image, elle corsète et jugule.
Enfin s’amorce un troisième temps au travers duquel la raison cherche à établir une harmonie. C’est le moment de peindre des faisceaux de lignes verticales et horizontales qui se jouent des intervalles en modulant le trait, la couleur et le rythme. La ligne verticale, c’est l’homme debout, les pieds au sol et la tête dans les cieux : elle symbolise l’élan spirituel. La ligne horizontale, c’est la terre qui stabilise, mais aussi l’horizon qui marque la limite entre fini et infini. L’intersection des deux formes la croix qui unifie les énergies en son centre : là où le vide et le miracle coïncident.